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Île de Pâques : l’ahu Akivi n’est pas celui qu’on croit !


Rédigé le Jeudi 3 Novembre 2016 à 07:13 | Lu 325 commentaire(s)



L’achi célèbrissime ahu Atiu, improprement appelé ahu Akivi depuis plus d’un demi-siècle ; il a été le premier ensemble de statues à être restauré à Rapa Nui, en 1960, par Mulloy et Figueroa.
L’achi célèbrissime ahu Atiu, improprement appelé ahu Akivi depuis plus d’un demi-siècle ; il a été le premier ensemble de statues à être restauré à Rapa Nui, en 1960, par Mulloy et Figueroa.
Exceptionnellement, nous allons étendre aujourd’hui nos balades dans les îles polynésiennes à l’île de Pâques, notre cousine de l’est du Pacifique. Ceux qui connaissent Rapa Nui vont sans doute être étonnés d’apprendre que l’un des monuments les plus connus de Rapa Nui, le grand ahu Akivi, porte, en réalité, un autre nom !

Imaginez vous visiter Paris et apprendre que le Louvre ne s’appellerait pas le Louvre. Toutes proportions gardées, c’est un peu ce qui se passera à l’île de Pâques, après la lecture de cet article : l’un des monuments les plus visités, l’ahu Akivi, dans l’intérieur des terres, porte en effet un nom qui n’est pas le sien. C’est une erreur datant d’avant sa restauration (en 1960) que nous souhaitons mettre aujourd’hui en lumière. Le site supportant les statues de sept moai, “les sept explorateurs”, s’appelle en effet l’ahu Atiu.
Nous avons mené une petite enquête pour vous permettre de redécouvrir ce site et pour, sans doute, expliquer la vérité à beaucoup de Pascuans eux-mêmes, puisque sur l’île, presque plus personne ne se rappelle du vrai nom de cet ahu.

“Des visiteurs irrespectueux nous avaient surnommés “Les sept singes”, moi et mes six autres compagnons moai” ; le sobriquet a aujourd’hui disparu.
“Des visiteurs irrespectueux nous avaient surnommés “Les sept singes”, moi et mes six autres compagnons moai” ; le sobriquet a aujourd’hui disparu.
“Les sept singes”…

Au départ, alors que le tourisme balbutiait encore sur l’île de Pâques, on ne s’embarrassait pas de périphrases pour coller un surnom irrévérencieux à ce qui pouvait être mémorisé ainsi plus rapidement. C’est ainsi que le ahu situé dans l’intérieur des terres, non loin du grand réseau souterrain Te Pehu, parce qu’il portait sept moai à l’air songeur, fut vite surnommé “Les sept singes”.
La petite histoire dit que l’appellation vint de certains visiteurs chiliens, alors que ceux-ci jurent leurs grands dieux qu’un tel manque de respect à un monument national ne pouvait venir que de l’étranger…
Qu’importe à vrai dire, mais nous pouvons témoigner qu’en 1984, beaucoup de personnes l’appelaient encore ainsi.

Contrairement à la majorité des ahu, dont les statues tournaient le dos à la mer, les sept moai de l’ahu Atiu font face à l’océan.
Contrairement à la majorité des ahu, dont les statues tournaient le dos à la mer, les sept moai de l’ahu Atiu font face à l’océan.
Un rêve devenu légende

Ce site revêt une importance particulière dans le monde pascuan, car il est le plus important ahu bâti à l’intérieur de l’île. Les Pascuans, on le sait, érigeaient les plates-formes à statues en général dos à la mer, devant leurs villages, sur la côte. Mais un certain nombre de constructions se firent dans les terres, essentiellement pour des raisons liées à l’observation des astres, à l’astronomie et à la science de l’époque, basée sur l’étude de la course des étoiles.
L’ahu s’appelait alors Atiu et il conserva cette appellation à peu près jusqu’à sa restauration. Celle-ci eut lieu en 1960, l’archéologue américain William Mulloy, avec le Chilien Gonzalo Figueroa, menant à terme ce travail, le premier du genre sur l’île.
C’est à cette époque que la légende des sept explorateurs naquit et prit racine. Un des travailleurs, sur le chantier, rêva en effet que le roi mythique Hotu Matua, avant d’aborder sur la plage d’Anakena, avait envoyé sept guerriers reconnaître le terrain. Dans une île où le moindre songe peut revêtir des allures de révélation, celui-ci fut pris pour argent comptant ; les sept explorateurs précédant Hotu Matua étaient nés d’un simple rêve...

Une tête très abîmée du véritable ahu Akivi, situé à deux kilomètres de l’ahu Atiu.
Une tête très abîmée du véritable ahu Akivi, situé à deux kilomètres de l’ahu Atiu.
Le vrai Akivi à 2 km

Que se passa-t-il ensuite ? Impossible de le savoir avec certitude. Mulloy est un archéologue de très grand renom et il semble impossible que l’erreur d’appellation vienne de lui. Il s’agirait plutôt d’une mauvaise lecture de cartes, sans doute antérieure à ses travaux ; il n’aurait fait, alors, que reprendre la faute. Car si l’ahu Akivi s’est toujours, en réalité, appelé ahu Atiu, en revanche, nos recherches nous ont amenés à la conclusion qu’en 1914, Mrs. Routledge, la première Occidentale à avoir mené une mission scientifique sérieuse sur l’île, donnait bien le nom Akivi à un autre ahu, situé à deux kilomètres environ à l’ouest de l’ahu Atiu.

Le vrai ahu Akivi a été totalement rasé et des éleveurs pascuans ont fait un enclos en contrebas du monument avec ses pierres.
Le vrai ahu Akivi a été totalement rasé et des éleveurs pascuans ont fait un enclos en contrebas du monument avec ses pierres.
De cet autre ahu, nous n’avions jamais entendu parler. À force de le chercher, nous l’avons retrouvé pratiquement complètement enterré, là même où Mrs Routledge l’avait fait figurer sur sa carte établie en 1914.
102 ans après, les quelques photos qui accompagnent cet article rétablissent la vérité sur l’ “Akivi-Atiu”, ce monument universellement connu et tant et tant de fois photographié depuis sa restauration.
Vous saurez désormais où se trouve le vrai ahu Akivi et vous pourrez même réapprendre aux Pascuans qui l’avaient oublié, le nom de leur magnifique ahu Atiu.

Textes et photos : Daniel Pardon

La partie supérieure de l’ahu Akivi, telle qu’elle apparaît aujourd’hui. Pour ainsi dire invisibleCe moai et quelques autres presque totalement enterrés sont les seuls vestiges imposants du véritable ahu Akivi. À vous de le redécouvrir au cours d’une randonnée pour le moins originale.
La partie supérieure de l’ahu Akivi, telle qu’elle apparaît aujourd’hui. Pour ainsi dire invisibleCe moai et quelques autres presque totalement enterrés sont les seuls vestiges imposants du véritable ahu Akivi. À vous de le redécouvrir au cours d’une randonnée pour le moins originale.

Katherine Routledge, à l’époque de ses travaux à l’île de Pâques. C’est à elle que l’on doit la localisation de l’authentique ahu Akivi.
Katherine Routledge, à l’époque de ses travaux à l’île de Pâques. C’est à elle que l’on doit la localisation de l’authentique ahu Akivi.
Katherine Routledge savait, dès 1914…


C’est grâce aux travaux de l’archéologue anglaise Katherine Routledge (1866-1935) que nous avons pu, avec une aide précieuse sur place, localiser le véritable ahu Akivi.
Sur son schooner “Mana”, Mrs. Routlegde arriva à l’île de Pâques le 29 mars 1914 et elle entama, aux côtés de son mari, une exploration systématique de l’île. Grâce à l’aide de Juan Tepano, un Pascuan à son service, elle effectua un comptage et un relevé de tous les ahu et des moai (elle en déterra une trentaine). En août 1915, l’expédition quitta Rapa Nui pour rentrer sur San Francisco, via Pitcairn.
A l’époque, de santé mentale fragile, Mrs. Rouledge accomplit un travail extraordinaire, qui sert encore de base aux archéologues aujourd’hui. Mais quelques années après son retour, son état se dégrada vite. Elle dut être hospitalisée dans un asile pour y recevoir des soins, et elle décéda en 1935 sans avoir recouvré la santé.
Elle avait caché bon nombre de ses notes, de ses photos et de ses cartes, mais en revenant de Rapa Nui, avant que sa paranoïa ne la rende asociale, elle avait publié le résultat de ses travaux dans un livre ayant connu un grand succès à l’époque, “The Mystery of Easter Island”.
Les centaines d’objets ramenés par l’expédition se trouvent aujourd’hui au Pitt Rivers Museum et au British Museum, tandis que ses notes sont conservées à la Royal Geographic Society de Londres.
Quant aux cartes de Rapa Nui dressées par Mrs. Rouledge, elles ne furent retrouvées à Chypre qu’en 1961, dans la maison que possédait là-bas son mari, et c’est à partir de ces cartes très précises que nous avons pu localiser le véritable ahu Akivi et mettre en lumière l’erreur d’appellation de l’ahu Atiu.




Mulloy, sur le site de l’ahu Atiu, qu’il appela ahu Akivi toute sa vie.
Mulloy, sur le site de l’ahu Atiu, qu’il appela ahu Akivi toute sa vie.
William Mulloy, restaurateur de l’ahu Atiu/Akivi

On doit la restauration de l‘ahu Atiu, baptisé à tort ahu Akivi, à l’archéologue américain William Thomas Mulloy, Jr. (1917–1978). Celui-ci était spécialisé dans les recherches sur le continent américain jusqu’à ce que Thor Heyerdhal, fort du succès de l’expédition du Kon Tiki, ne fasse appel à lui, entre autres spécialistes, pour ses recherches à Rapa Nui. Mulloy y débarqua donc pour la première fois en 1955 et il fut, de suite, conquis par l’intérêt que représentait cette île polynésienne. Il y effectua plus de vingt missions, au cours desquelles il restaura l’ahu Atiu/Akivi (1960), mais aussi le complexe archéologique de Tahaia, l’ahu Ko Te Riku et l’ahu Vai Uri (1970), les deux ahu de Hanga Kio'e (1972) ainsi que le superbe village de pierres sèches d’Orongo (1974).
En 1978, il fut nommé “Illustre Citoyen de l’île de Pâques” par son maire d’alors, Juan Edmunds Rapahango, puis il reçut du gouvernement chilien la plus haute distinction civile, dans l’ordre de Don Bernardo O’Higgins, en hommage à ses travaux.Lorsque Mulloy effectua la restauration de l’ahu Atiu, le site était improprement appelé ahu Akivi et les cartes de Mrs Routledge, datant de 1914, n’avaient pas encore été retrouvés à Chypre. Si cela avait été le cas, l’archéologue américain aurait compris qu’il restaurait non pas l’Akivi mais l’Atiu. Ce qui est surprenant, en revanche, c’est que jusqu’à sa mort, il ne chercha pas, après la publication des cartes de Mrs. Routledge, à corriger son erreur. Et c’est ainsi que l’ahu Atiu continue à être appelé l’ahu Akivi.


L’île de Pâques pratique

Pour y aller
Un vol hebdomadaire avec la compagnie LATAM (5 heures environ). Vols très chargés pendant les périodes scolaires.

Hébergement
Une multitude de petits hôtels et de pensions de famille, mais aussi des hôtels de grand luxe (comme l’hôtel Explora). Choisissez une formule avion + séjour avec votre agent de voyages.

Formalités
Passeport en cours de validité, dollars pour vos achats. Ne perdez pas de temps à changer dans les deux banques de l’île où vous ferez la queue pour rien.

Pour aller aux deux ahu
Tous les circuits d’une journée prévoient un passage au célèbre ahu Atiu (improprement appelé Akivi nous l’avons vu). En revanche, pas de circuit vers le véritable ahu Akivi. Pour y aller, louez une voiture et garez-vous devant le réseau Ana Te Pehu. De là, côté montagne, prendre un chemin assez large, franchir une clôture et monter sur les flancs du Terevaka. Le ahu est à environ deux kilomètres au nord-ouest de l’ahu Atiu. Si vous restez sur le sentier, vous ne pourrez pas le rater.

À pied ou à cheval ?
Le circuit “village de Hanga Roa-Ahu Atiu-Ahu Akivi”, et retour par la côte ouest, représente une promenade d’une journée entière, qui sera magnifiquement complétée par l’exploration du réseau souterrain Ana Te Pehu, tout proche. En partant vers 8-9 heures du matin, vous serez de retour en fin d’après-midi au terme d’une balade extraordinaire (emportez eau, casse-croûte, crème solaire, chapeau, voire imperméable).

Attention
L’île de Pâques est un parc national chilien, classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Respectez les monuments restaurés ou en ruines ; ne piétinez pas les statues, ne tentez pas de les dégager (la terre et la végétation les abritent de l’érosion). Ne ramassez aucun objet ancien trouvé au sol. Et suivez les indications données sur les panneaux, les sites sont très surveillés.













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