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L’envol des âmes, Rereraa varua


Rédigé le Mercredi 21 Décembre 2016 à 09:46 | Lu 75 commentaire(s)



La pointe Tata’a vue depuis le lotissement Taina à Punaauia. Photo Astrid Drollet
La pointe Tata’a vue depuis le lotissement Taina à Punaauia. Photo Astrid Drollet
TAHITI, le 5 décembre 2016. Selon la conception polynésienne du monde, les âmes des défunts s’envolaient dans une zone situés à la pointe nord-ouest des îles, appelée rereraa varua, ou point d’envol des âmes.

Jadis les tahitiens croyaient qu’après la mort naturelle, l’âme demeurait trois jours dans le corps du défunt avant de partir… Les initiés prétendaient qu’il leur était possible de voir l’âme prendre son envol, de décrire son aspect ainsi que celui des autres âmes qui l’accompagnaient. Heva, le dieu de la mort et les esprits des ancêtres, attendaient près du corps pour saisir l’âme dès qu’elle quittait le corps pour la conduire vers l’au-delà (le Pô en reo tahiti). Le Pô, la résidence des dieux et des esprits serait divisé en un paradis et un enfer, le Rôhutu no'ano'a et le Pô auahi, suivant une conception étrangement proches de celles des religions contemporaines.

Seules les âmes des personnes mortes de mort violente ou qui ont commis des fautes lors de leur vie terrestre continuent à errer sans but autour du lieu fatal en harcelant les vivants. Ces esprits errants, appelés chez nous tupapa’u, sont bienveillants ou mauvais suivant la nature de la personne dont ils émanent.

Les causes du décès

Aussitôt après la mort, un tahuâ tutera était chargé de découvrir la cause exacte du décès. D’après le missionnaire William Ellis, le prêtre prenait sa pirogue et pagayait doucement le long du rivage près de la maison où était exposé le corps, pour surveiller le passage de l’âme qui devait s’envoler avec un signe qui expliquerait les causes du décès. Si le mort avait été maudit par les dieux, l’âme apparaissait avec une flamme, si par contre il avait été pifao (envoûté), son âme exhibait alors une plume rouge.

Tata’a, le point d’envol des âmes

La pointe Tata’a à Punaauia était aux temps anciens un des endroits les plus sacrés de l’île de Tahiti. Les tahitiens croyaient que c’était de ce rocher dénudé que les âmes des défunts plongeaient dans l’océan pour atteindre, par stages successifs, les régions délicieuses, situées au centre de la terre et comparables à notre paradis.

Selon les enseignements traditionnels, aussitôt après avoir quitté le corps, l’âme plongeait dans un bain d’eau froide dans l’une des sources qui jouxtent la pointe Tata’a, la source Punaau vai-aitu (dans les jardins de l’ancien hôtel Bel air), la source Vai-tuparere (baie de Vaitupa) et la source Vai-rai (jardin de l’hôtel). Elle se purifiait, se recueillait et faisait le bilan de son existence passée. Après quoi, elle voletait vers Tata’a située au Nord-Ouest de Tahiti à, la pointe actuelle de Fanatea. L’âme atterrissait généralement sur la pierre de vie, `ôfa’i ora, et pouvait alors retourner à son corps et reprendre vie. Par contre, si elle atterrissait sur la pierre de mort,`ôfa’i pohe, elle était à jamais séparée de sa dépouille mortelle et allait dans l’au-delà.

Il n’est donc pas étonnant que les anciens aient attribué le nom de Tata’a à ce lieu, taa signifiant d’une part se séparer, se détacher et d’autre part comprendre. L’atmosphère de calme, de paix, de sérénité qui y a toujours régné est nécessaire à l’effort intense de concentration de l’âme et conforme à la fonction de ce lieu.

L’âme du défunt s’envolait du haut de la colline Tata’a en s’élançant vers le mont Rotui sur l’île de Moorea où elle séjournait quelques temps avant de se diriger vers le mont Temehani sur l'île de Raiatea qui dissimulerait, selon les croyances, l'entrée du paradis et de l'enfer. Des gardiens, qui n’étaient autres que des dieux, indiquaient aux âmes la route à suivre. Le dieu Tü-tà-hôro'a contrôlait ainsi l'accès des sentiers du mont Temehani. Le sentier de droite, Pu oro’o i te ao, permettait d’aller au paradis (Rôhutu no'ano'a) et celui à gauche, Pu oro’o i te po , qui allait au cratère du Temehani, vers l’enfer (Pô auahi).

Des points d’envol dans chaque île

La pointe nord-ouest de chacune des îles de Polynésie est généralement réservée pour l’envol des âmes. Appelée Ke-Kaa (l’équivalent de Te-Taa, ou Ta-Taa) sur l’île de Maui (Hawaii), elle est plus souvent nommée Te-Rei-A-Varua, Rere-A-Varua, avec toutes les variantes linguistiques propres à chaque archipel : Renga-Vaerua à Mangaia (Cook Islands), Reinga-Wairua au Cape North (Nouvelle-Zélande), Leina Kauhane à Ka’ena (Oahu), Te Rerega à Mangareva (Gambier) notamment.

Les pointes situées au nord-ouest des îles de la Société sont abrégées aujourd’hui en Terei’a, comme celles situées dans la commune de Fitii (Huahine), de Patio (Tahaa), de Tevaitapu (Bora-Bora), de Taatoi (Maupiti), ou portent un nom lié à l’envol des âmes, comme Ti’a Ma’ue sur le motu Tiaraaunu à Tetiaroa. Toujours respectés par la population locale, tous ces lieux ont, jusqu’à ce jour, conservé leur état naturel.

L’absence de structures éthiques construites de main d’homme tels que marae, ou paepae témoigne de la volonté de réserver ces lieux à l’usage exclusif des âmes en partance. Cette « virginité » affirme ou confirme l’extrême sacralité du lieu, un lieu si sacré que l’homme n’ose pas y apposer sa trace. En effet, ces lieux ne font pas partie de Te Ao (le monde matériel, visible) mais de Te Pô (le monde immatériel, invisible).

Rôhutu no'a no'a, le paradis

Les témoignages recueillis par le missionnaire William Ellis, au début du 19ème siècle, s'accordent sur la conception polynésienne du paradis. Il en donne un aperçu dans son ouvrage A la recherche de la Polynésie d'autrefois : « Ce Rôhutu no'a no'a, littéralement Rohutu parfumé ou odoriférant, était tout à fait un paradis mahométan. (...) Le pays était décrit sous des apparences merveilleuses et enchanteresses. Il était paré de fleurs de toutes formes et de tous coloris, et parfumé des senteurs les plus agréables. L'air n'y était pas pollué, mais pur et sain. Tous les genres d'amusements auxquels des Areoi et d'autres classes privilégiées avaient été habitués sur la terre étaient là, à leur disposition. Des viandes choisies et des fruits précieux leur étaient servis en abondance au cours de somptueux festins. De beaux adolescents et de jolies femmes, purotu anae, tous absolument parfaits, se pressaient en ces lieux. Ces honneurs et ces délices étaient réservés aux ordres privilégiés, parmi les Areoi et les chefs, à ceux qui avaient les moyens de payer les prêtres pour obtenir leur passeport vers l'au-delà... »

Bien au contraire, en s'avançant vers l'enfer, le Pu-ô-ro'o-i-te-Pô royaume du dieu Ta'aroa, les âmes connaîtraient un avenir plus obscur, loin des vallées verdoyantes où se multiplieraient les arbres fruitiers. Dans les ténèbres embrumées, les âmes seraient asservies et torturées par les dieux y ayant élu domicile, vivant dans l'obscurité et soumises à un supplice continuel...

Des témoignages sur l’au-delà

Selon la tradition orale deux personnes auraient décrit le Pô après y avoir séjourné. Le premier est le célèbre héros polynésien Tàfa’i, fils d'un être humain et d'une déesse originaire du Pô. Il réalisa plusieurs exploits dont l'exploration de l'au-delà, afin de ramener son père dans le monde des vivants.

Le second est Pai, fils d'un chef assassiné par des meurtriers sanguinaires, que sa mère confia aux dieux pour qu’ils le protègent des menaces de mort pesant sur sa famille et sa descendance. Ils devinrent ses pères nourriciers et Pai grandit dans le Pô. Mais en raison du chagrin de sa mère dû à son éloignement, il retourna dans le monde qui l’avait vu naître, celui des mortels, et apporta des descriptions étonnantes de l'au-delà. Un monde similaire par bien des façons à celui observé sur Terre.

Sources :
Asssociation Rohutu No’ano’a, Tataa, vahi rereraa varua i te Pô, www.rohutu.com – William Ellis, A la recherche de la Polynésie d'autrefois, Société des Océanistes 1974. Air Tahiti Magazine « Les sentiers de l’au-delà ». - André Leverd, Croyances relatives aux âmes et à l’autre vie chez les polynésiens. Bull SEO n°248



Rédigé par TAHITI HERITAGE

La chaine humaine formée autour de la pointe Tata’a en 2009.
La chaine humaine formée autour de la pointe Tata’a en 2009.

La chaine humaine formée autour de la pointe Tata’a en 2009.
La chaine humaine formée autour de la pointe Tata’a en 2009.

Focus

Pointe Kiukiu, le point de départ des âmes, Hiva Oa

La pointe Kiukiu sur l’île de Hiva Oa serait le point de départ des âmes des défunts des îles de Nuku-Hiva, Hiva oa, Ua Pou et de Tahuata aux îles Marquises.

Les marquisiens distinguaient l’esprit de la matière. Ils croyaient que la mort n’était que la séparation de l’âme avec le corps. Ils ne savaient pas, disaient-ils, d’où venait celle-ci ; mais ils pouvaient sûrement dire où elle allait. Elle se rendait d’abord sur le sommet de la pointe Kiukiu : c’était là que devaient se rassembler les âmes pour accomplir leur destinée d’outre-tombe.

Quand il y avait beaucoup d’âmes, la mer s’entrouvrait et elles tombaient sur une terre merveilleuse où il n’existait que des plaisirs. Cette terre était couverte de beaux arbres qui portaient des fruits exquis; elle renfermait un joli lac dont les eaux étaient immuablement calmes et de couleur bleue. La déesse Upu régnait sur ce paradis, et elle ne permettait d’y habiter et de jouir de ses délices qu’à ceux qui, de leur vivant, n’avaient pas été méchants. Les kikino (hommes de rien) n’étaient pas admis à entrer dans ce lieu enchanteur ; ils allaient dans une terre sombre, n’ayant que des eaux bourbeuses, et où jamais ne pénétrait un rayon de soleil.

Néanmoins, toutes les âmes ne demeuraient pas dans ces lieux éternellement; après y être restées un temps considérable, elles retournaient donner la vie à d’autres corps. Les étoiles filantes étaient pour eux des manifestations des déplacements des âmes.
La Pointe Kiukiu de Hiva Oa. Photo Heidy Baumgartner Lesage
La Pointe Kiukiu de Hiva Oa. Photo Heidy Baumgartner Lesage






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